Portraits du Togo avec Venavi - les Jumeaux - Glidji 2017-18-19


Portraits avec venavi, réalisés à Glidji-Kpodji, Togo,
lors de la fête de Kpessosso
Portraits with venavi, made in Glidji-Kpodji, Togo, during the Kpessosso feast.
2017, 2018, 2019
 
Copyright © Angelo Micheli






Le peuple guin (proche des Ewé), qui vit principalement au Togo et au Bénin, célèbre son nouvel an par la fête de Kpessosso. Sans date fixe, elle a généralement lieu au mois de septembre dans le village de Glidji-Kpodji - autrefois capitale du royaume des Guin - au sud-est du Togo. Kpessosso, c’est "la prise de la pierre sacrée" dont la couleur, révélée ce jour là par les prêtres vodou, donne la tonalité bénéfique ou maléfique de l’année à venir. Kpessosso, l’une des plus anciennes fêtes d’Afrique de l’Ouest puisqu’elle remonterait à 1663, marque pour les Guin dispersés un temps de retrouvailles - rythmé par des danses, des chants et par des cérémonies vodou - auquel ils ne manquent jamais de faire participer leurs jumeaux décédés (enfants ou parents), sous la forme de statuettes en bois arborées avec fierté à la taille ou à la poitrine : les venavi.

Les termes Venavi ou venaviwo désignent aussi bien ces statuettes que les jumeaux vivants - leur taux de naissance est très élevé dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest. Ils sont aimés mais aussi redoutés par les Guin, parce qu’ils sont un écho des origines du monde, un signe des divinités et qu’on leur prête de grands pouvoirs. C’est pourquoi l’usage veut qu’au décès d’un jumeau on fasse sculpter sa  statuette qui le remplacera et le maintiendra vivant parmi les vivants. Une statuette dont on prendra soin comme on le fera du jumeau survivant : offrandes, pagnes, ornements, repas, sorties. Il s'agit alors de maintenir l'équité entre les jumeaux, afin d’écarter le malheur et de s’assurer leur protection et leur bénédiction. Leur importance est si grande dans les traditions guin et dans le culte vodou qu’une cérémonie particulière : Venaviwo Bekonu, leur est consacrée dès le lendemain de Kpessosso.

Ces statuettes uniques au monde, à l’esthétique proche de celle des statuettes Ewé du Togo et du Ghana (appelées aussi venavi) et de celle des statuettes Fon du Bénin (appelées hohovi), réalisées pour des cultes semblables aux jumeaux, ont des styles qui varient selon les régions et, bien sûr, selon les sculpteurs initiés – ils ont la révélation de leurs formes par la divination. Si elles relèvent encore aujourd’hui d’un culte domestique très vivace, elles n’en sont pas moins des pièces recherchées par les collectionneurs et les musées d’arts africains. 
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